• Autre illustration de ce qu'est la perversion narcissique... Sidérant !

    Autre illustration de ce qu'est la perversion narcissique... Sidérant !Un témoignage relevé sur un blog donne une idée précise de ce que peut être la perversion narcissique. Un homme parle, évoquant une relation de travail dont il avait dépendu. Une parfaite illustration de ce travers !

     

    Voici bien des années, alors que j'étais encore juriste, j'ai passé des entretiens d'embauche dans une banque d'affaires. Je me souviens que le dernier de ces entretiens avait été mené par un directeur régional qui m'était apparu comme la pire des pourritures. J'étais sorti de cet entretien totalement humilié, en me jurant qu'un jour il me paierait cela. Je me souviens que ce crétin féru d'astrologie m'avait dit en regardant ma date de naissance : "Ah capricorne ? Pas très rapides mais sérieux, c'est bien pour un juriste". N'ayant pour le moment rien de mieux, j'avais accepté de travailler pour lui en tant que juriste.

    Je me souviens que dans notre service, il y avait un pauvre type d'une timidité effroyable dont le prénom était Jean-Philippe (JP). Diplômé à l'époque du MSG de Dauphine, ce jeune homme aurait été plus à l'aise dans un service administratif. Mais, parce qu'il était bête ou méchant, ou peut-être les deux à la fois, notre cher directeur régional l'avait affecté à un poste où il serait en contact avec la clientèle. Pour ce crétin, adepte des méthodes à la dure, cela devait servir à forger le caractère de ce grand timide chez qui il avait tout de même noté des qualités. Ayant mon bureau en face du sien, je me souviens d'avoir souvent entendu ce pauvre gars, balbutier au téléphone. De plus, il avait un tic : dès qu'il avait une conversation un peu tendue, il tenait le combiné téléphonique d'une main, tandis que de l'autre, il se remontait les chaussettes le plus haut possible. Ce type, quoiqu'intelligent et gentil, souffrait d'une vraie phobie sociale. J'imaginais que venir travailler devait être un calvaire. Mais l'autre salaud n'en avait cure. Je me souviens d'une scène particulièrement cruelle. Le directeur régional était rentré dans le bureau de JP le timide, en laissant la porte ouverte pour que nous entendions tous, et l'avait copieusement insulté, lui reprochant son manque d'engagement et de courage, et le menaçant d'être licencié. De mon bureau en face du sien, j'avais remarqué que JP n'avait pas répondu, encaissant les méchancetés coup sur coup. Il était rouge comme une pivoine, et je pense que si nous n'avions pas été là, il aurait fondu en larmes. Et parce que notre directeur régional était une saloperie intégrale, il nous avait démontré ce jour là, toute l'étendue de sa perversité. Car, après l'avoir agoni d'injures, il s'était radouci avant d'expliquer à JP que s'il était dur avec lui, c'était pour son bien. Puis, avant de quitter son bureau, il avait croisé ses mains en un geste curieux mais expressif et avait dit à JP : "souvenez-vous, que vous et moi, JP, on est partenaires !". Tout heureux de s'en tirer à si bon compte, le pauvre JP avait eu un regard de reconnaissance que n'aurait pas renié un labrador fidèle !

    C'est ainsi que cette ordure tenait ce pauvre JP ; en alternant douche froide et douche chaude. Tellement heureux d'avoir enfin un mince compliment, ce pauvre JP était capable de se laisser avilir et humilier en public pour avoir son susucre, sa minute de reconnaissance. Là où tout individu normalement constitué aurait déjà balancé son poing dans la gueule du directeur régional, JP lui vouait de la reconnaissance. Le piège était là. Car pour qu'un pervers narcissique puisse exercer ses funestes talents, il lui faut une victime désignée qui n'est jamais n'importe qui. Il s'agit toujours d'une personne doutant profondément d'elle-même. Une pauvre fille esseulée après un chagrin d'amour ou un pauvre type anciennement tête de turc dans son école, sont des proies de choix. Pour une miette d'amour ou de reconnaissance, ces personnes sont capables d'endurer les pires traitements. Quant aux pervers narcissiques, tels les lions repérant les animaux les plus faibles d'un troupeau, leurs sens leur permettent de repérer immédiatement la faille narcissique chez un autre. Ainsi tous, nous avions beau dire à JP de ne pas se laisser traiter comme cela, il n'en démordait pas, cherchant à nous convaincre que notre directeur régional n'était pas "si méchant que cela". Face à nos arguments pourtant imparables de notre point de vue, JP évoquait des excuses telles le stress du dirigeant ou un trop-plein de caractère. Jamais, il n'aurait imaginé qu'il ait un salaud intégral face à lui. JP était comme ces pauvres toxicos que leur dealer laisse attendre des heures sous la pluie pour les humilier et qui le remercient encore d'avoir bien voulu leur vendre de l'héroïne. Tout le monde n'est pas victime d'un pervers narcissique, il faut des prédispositions psychologiques. Je n'ai jamais eu de nouvelles de ce JP. J'ai quitté cet établissement trois mois après y être rentré. J'ai réussi dans l'intervalle à extorquer une jolie somme à mon directeur régional. Menacé des prod'hommes, il m'avait d'abord insulté et menacé de ses foudres. Je lui avais alors calmement dit très vulgairement que "je le tenais par les couilles et que je pouvais serrer encore plus fort". Lui rappelant sa remarque concernant l'astrologie, je lui avais rappelé que si nous, les capricornes n'étions pas des gens rapides, nous étions nés sous le signe du temps et qu'il avait eu tort de l'oublier parce que moi, je n'oubliais jamais rien et surtout pas la manière dont il m'avait humilié lors de l'entretien d'embauche. Il m'avait traité de tous les noms mais avait préféré transiger de crainte qu'un jugement défavorable aux prud'hommes ne lui soit nuisible. Je ne l'ai pas revu.

    Cet épisode m'a montré comment fonctionnait un pervers narcissique bien mieux que ne l'auront jamais fait les cours de psychopathologie ou de clinique que j'ai pu avoir par la suite. Cette alternance d'humiliation et de compliment, cette volonté d'instrumentaliser l'autre dans son désir de toute puissance me sont restés en mémoire. Je pense aussi que c'est pour cela, que si j'accepte que les gens se vannent entre eux, je reste toutefois toujours très sensible à la nature des propos échangés. Quand j'entends quelqu'un me dire, après en avoir humilié un autre, que "c'était juste pour plaisanter", j'ai toujours l'image de mon gros con de directeur régional en tête. Plaisanter, vanner, rigoler, ce n'est jamais humilier.

    « Le miroir brisé... Si vous voulez vous le procurer Pour ceux qui aimaient et aiment toujours Georges Brassens... »
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  • Commentaires

    1
    Favereau Monique
    Vendredi 12 Juin 2015 à 10:10

    Combien en avons nous rencontré ? Par combien nous sommes-nous laissés avoir? Et combien dans le monde politique pour arriver à leurs fins : monter au plus ? Aussi dramatiquement d'actualité dans les entreprises où chacun ne voit que lui-même. Narcissisme désormais devenu banal dans notre monde. 

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