• Lyon 1941... Louis Liébard et les Compagnons de France

    Compagnons de France

    Combien de fois des erreurs ont-elles été relevées à propos du passé lyonnais des COMPAGNONS DE LA CHANSON et de leur formation chez Louis LIEBARD (En photo ci-dessous) ? Comme si les médias avaient eu la flème de passer soigneusement en revue les différentes données évoquant PETAIN et les COMPAGNONS DE FRANCE. Il est pourtant extrêmement intéressant de revenir sur le détail de ces différentes composantes dont étaient issus les protégés de la grande PIAF d'autant que les quelques documents que nous avons pu retrouver en vue de la publication de l'ouvrage sur les COMPAGNONS DE LA MUSIQUE méritent que l'on s'y attarde. Nous rappellerons également que la formation dispensée à tous ces COMPAGNONS était dispensée à 800 mètres environ d'un sinistre QG, celui du SS Klaus BARBIE et qu'en 1942 la chasse aux juifs avait pris une tournure dramatique à Lyon comme dans d'autres grandes concentrations urbaines.

    C'est en août 1940, deux mois après la signature d'une armistice discutable signée dans la clairière de Rethondes, dont beaucoup préfèrent encore ne pas se souvenir, que sont nés les COMPAGNONS DE FRANCE. Fondés par Henry DHAVERNAS, un inspecteur des Finances ancien commissaire national des Scouts de France, ils avaient été créés pour encadrer la jeunesse et redonner à ceux coupés de tout lien familial le goût du travail et d'un patriotisme parfois même exacerbé. La propagande pétainiste s'était en effet emparée de ces thèmes pour mettre l'accent sur l'importance de la famille, de la jeunesse, de la paysannerie et de l'artisanat. La création de chantiers de jeunesse comme JEUNESSE ET MONTAGNE, dont feront partie Jean-Louis JAUBERT et Guy BOURGUIGNON en 1941, s'en inspirent. On semblait alors décidé à aider tous ceux qui étaient porteurs d'idées généreuses allant dans ce sens et le gouvernement de Vichy était prêt en ces temps de désespérance et de disette gagnant la France toute entière, à leur attribuer des subventions importantes. Certes, prendre part à la reconstruction du pays supposait aussi que l'on puisse s'appuyer sur une main d'œuvre capable de suppléer ceux qui étaient partis au front ou qui avaient été capturés. Profondément attaché aux valeurs communautaires, il avait été prévu que le mouvement puisse fonctionner sur un mode militaire, ce qui explique d'autant la tenue choisie. En témoignent le port d'une insigne, de ce béret distinctif et d'un uniforme dont s'inspirera Louis LIEBARD pour créer, de son côté, le groupe d'expression musicale des ces COMPAGNONS DE FRANCE. Un groupe qu'il avait décidé de baptiser du nom de : COMPAGNONS DE LA MUSIQUE, aidé par des gens comme DHAVERNAS et CRUIZAT, issus tout comme lui de la mouvance scoute.     

    Comportant plusieurs branches, il n'est donc pas étonnant que les COMPAGNONS DE FRANCE aient rapidement pu revendiquer 30 000 membres. Ce qui sera le cas au début de l'année 1943 malgré les oppositions qui divisaient leurs rangs. Après l'éviction de DHAVERNAS, c’est un ancien de l’école de guerre, le commandant Guillaume de TOURNEMIRE qui lui succédera. Remarqué par son indépendance d'esprit et son manque d’allégeance aux Allemands, partisan affiché du général GIRAUD, il restera néanmoins, et par obligation, fidèle au maréchal PETAIN jusqu'en novembre 1942 et l’invasion de la zone non occupée par les Allemands. La montée en puissance des théories prônées par LAVAL et la création du STO en France (fév. 1943) ayant contribué à jeter la discorde dans les rangs des COMPAGNONS DE FRANCE, il est admis que des récalcitrants au STO et plusieurs Juifs aient pu un temps s'y abriter. Tandis qu'un certain nombre d’entre eux passaient ensuite dans les rangs de la Résistance. Il est donc facile d'imaginer ce qui a pu se passer dans l'esprit de LIEBARD au printemps 1943 quand il s'est agi de préserver l'outil qu'il venait de créer à Lyon avec ses COMPAGNONS DE LA MUSIQUE. A plus forte raison après la décision de LAVAL de suspendre le versement des aides gouvernementales qui lui étaient allouées depuis l'automne 1941. Après que des descentes ont été opérées par la Milice et les services d’ordre légionnaire à partir du début de l’année 1944 pour opérer différents contrôles, on avait peur. A Lyon comme dans beaucoup d'autres endroits. On comprend donc d'autant mieux que Louis JACOB pas encore devenu Jean-Louis JAUBERT et Marc HOLTZ pas encore devenu Marc HERRAND aient choisi à cette époque de changer de patronyme pour éviter de se faire arrêter. L'un, pour être de confession juive, et l'autre, pour s'être enfui d'Alsace et avoir déserté les rangs des Jeunesses Hitlériennes avec pour seul trophée un poignard nazi enlevé à l'adversaire.

    Au vu de ces quelques éléments, il n'est donc pas exact d'assimiler les COMPAGNONS DE LA CHANSON à d'anciens... COMPAGNONS DE FRANCE et encore moins de prétendre comme cela l'a été dans certains documents, dont une brochure commerciale exploitée à compter de 1950, que la structure des COMPAGNONS DE LA MUSIQUE de LIEBARD a pu être dissoute en 1943. Alors qu'il n'en n'était rien, les seuls COMPAGNONS DE FRANCE ayant été touchés par cette dissolution.

    ILS ETAIENT COMPAGNONS DE LA MUSIQUE, Jean-J. BLANC, ISBN n° 978-2-918296-32-4

    « Petites âmes de Suzanne Charvet... Avec une postface de Brigitte Bardot Où commence la déraison et où finit-elle ? Extraits d'un journal de "voyage"... »

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