• Négations, le polar... Parenthèse sur un désir inassouvi

    Négations, le polar... Parenthèse sur un désir inassouviNEGATIONS (extrait) : A la seule vision des longues mains de Paul, victime de sa nature généreuse et de ses envies trop longtemps réfrénées, de ses pulsions aussi, Irène avait très vite eu envie qu’il se passe quelque chose entre eux deux.
    Tout en attachant beaucoup d’importance aux mains des hommes, elle savait, au premier coup d’œil, reconnaître ceux avec lesquels elle pourrait vivre quelque chose de très fort et les autres, tous les autres. Ceux avec lesquels il ne se passerait jamais rien ou qu’elle prenait un plaisir non dissimulé à faire danser, pensant à tous ces vieux salauds, infâmes et peu ragoûtants. Ces salauds dont elle avait toujours eu énormément de mal à se débarrasser après leur avoir abandonné une soirée décevante. Trop de n’importe quoi n’est jamais suffisant ! se disait-elle lorsque l’envie dépassait l’offre.
    Avec Paul, tout avait été différent et elle avait quelque peu hâté leur rapprochement. En se livrant un matin à une prestation dont elle avait longtemps souri, jouant sur la seule séduction qu’elle savait mettre en œuvre lorsqu’un homme lui plaisait. Sans éprouver l’envie d’en rajouter. Vêtue ce jour-là d’une mini robe sans doute trop suggestive, elle avait tout de suite vu dans les yeux de l’homme le désir se manifester, sa pomme d’Adam remonter dans la gorge. Et cela avait contribué à décupler l’envie qu’elle avait de lui après avoir cru ne pas être sensible au charme dégagé par le personnage. Plus âgé qu’elle, il est vrai qu’il s’était jusqu’ici beaucoup plus signalé à elle par ses maladresses que par un quelconque talent de séducteur. Il n’en n’avait pas fallu davantage pour qu’elle imagine ensuite à quoi ressemblerait leur première joute sensuelle. Il n’y manquait que l’occasion, celle qui les jetterait dans les bras l’un de l’autre.
    Lorsqu’il l’avait aidée à regagner son domicile quelques jours plus tard, après qu’elle soit descendue maladroitement d’un bus où ils se trouvaient ensemble, et qu’elle était à un moment donné soudée à lui dans la cage d’escalier de son domicile, le désir de l’homme s’était à nouveau manifesté rendant l’attente insupportable. Les tempes battantes, au bord de l’explosion, elle avait à son tour senti le sien et l’impérieuse envie de s’abandonner prendre possession d’elle. A un point tel qu’elle avait dû ce soir-là se faire violence pour ne pas précipiter les choses…
    Quand enfin il se décida quelques jours plus tard, elle se souvint qu’elle éprouva du plaisir dès le premier instant, sentant la bouche de l’homme partout sur elle. Il avait une telle façon d’être attentif et de deviner la moindre de ses attentes qu’elle s’était même demandé durant leur liaison s’il n’avait pas été une femme dans une autre vie. Tellement il savait se montrer précautionneux et d’une exquise douceur dans les caresses prodiguées, sachant s’enquérir de ce qui convenait le mieux au moment où il le fallait. Jamais encore jusqu’alors, elle n’avait vécu un tel tourbillon. Comme s’il était arrivé mieux que quiconque à faire ressortir chez elle ce côté un peu sauvage de prédatrice, ce comportement d’animal blessé qu’elle se plaisait à dissimuler aux autres. En provoquant en elle une véritable implosion. Ce n’était plus seulement la marque d’une impatience, mais l’expression d’un sentiment de plénitude comme il en existe peu entre deux amants… avec en permanence l’impression que son corps cherchait le sien pendant l’amour puis qu’il prenait soudain, tout en se dérobant, plaisir à le retrouver. Et c’est peu dire si elle aimait la façon dont il devenait conquérant, ni combien elle aimait l’entendre ahaner, penché sur elle. Combien elle aimait sa respiration s’accélérer lorsqu’ils allaient l’un et l’autre jusqu’au bout du désir, repoussant sans arrêt les limites du plaisir.

    Après avoir cru n’attirer à elle que des pervers et des imbéciles, imbus de leur narcissisme et confortés par un pouvoir imbécile, Paul s’était imposé à elle. Non seulement par sa modération en tout et ses instants de folie, ni parce qu’il donnait le sentiment d’être dans une maturité rayonnante, mais aussi parce qu’il se révélait être le seul à pouvoir la combler affectivement. Et c’est sans nul doute parce qu’il était attentif aux petites choses de l’amour qu’Irène était ensuite restée avec lui, prenant dans leur relation ce qu’il y avait de meilleur sans chercher d’autres explications.
    N’était-ce pas justement cela le bonheur ?
    Si les hommes n’étaient pas faciles à cerner, s’ils étaient différents des femmes, se situant parfois aux antipodes, prêts à tout laisser tomber pour aller jusqu’au bout de leur rêve, fût-il celui d’un moment de folie, ils étaient parfois des êtres dont elle ne parvenait plus à se passer. Même lorsque lui revenaient soudain les images maudites de l’outrage. Celles d’un autre temps qu’elle voulait oublier. Elle n’en parlait du reste pas. Jamais. Parfois violente, intolérante à l’extrême, elle admettait avoir tout appris avec cette vacherie, cette gangrène, ce pus qui entache tout. Oui tout. Qui pourrit tout, aussi bien l’intérieur que le reste, à l’extérieur…
    Sans s’attarder sur les aspects secondaires de sa relation avec Paul, elle s’était longtemps contentée de petits riens sans chercher à n’importe quel prix à obtenir une quelconque surenchère. Et lorsqu’il lui avait proposé de partager le pied-à-terre qu’il occupait boulevard Carnot, elle n’avait pas hésité, presque surprise d’éprouver un sentiment pour un homme.

     

    NEGATIONS, Louis PETRIAC, ISBN n° 978-2-918296-09-6, 19.90 €

     

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