• Où commence la déraison et où finit-elle ? Extraits d'un journal de "voyage"...

    Où commence la déraison et où finit-elle ? Extraits d'un journal de voyage...

    Hôpital de Maison-Blanche, Neuilly-sur-Marne, 1988... Un vulgaire casernement !

     

    Où commence la déraison et où finit-elle ? Extraits d'un journal...Dans son ouvrage reportage (ci-contre), notre auteur s'était posé une grande quantité de questions sur cet étrange havre qui l'avait accueilli trois mois durant pour soigner une dépression. Il avait tellement été choqué d'être accueilli de la sorte et que l'on ait pu accueillir des malades avec une telle brutalité, quasiment à la fin du XXème siècle !... Il n'imaginait pas encore que ce pied de nez du destin allait faire de lui un chroniqueur et que son existence basculerait à la sortie de cette expérience pour le moins étonnante en lui ouvrant les portes du domaine de la communication ! Avec la complicité inattendue de certains de ses soignants ! 

    VOYAGE AU PAYS DE LA DERAISON (extraits d'un journal)... « Tout avait été tellement vite, si vite que j’avais l’impression d’être comme avalé par le temps. Pourtant, manquant d’énergie, j’étais bien incapable de chiffrer, d’élaborer ou de quantifier encore quoi que ce soit. Privé de mes lunettes de myope, je ne pouvais toujours pas procéder à un examen attentif de tout ce qui m’entourait. Je devais donc demeurer dans le flou le plus complet, déjà abruti par toute une quantité de médications et de potions anonymes que l’on m’imposait. Et cela sans même que je sache à quoi elles servaient, si elles étaient destinées à calmer mes appréhensions ou à faire de moi le prototype d’une nouvelle variété de plantigrades.

    Face aux émotions difficilement maîtrisables, et bien qu’hyper-tranquillisé, j’avais pourtant le sentiment d’être confronté à une situation difficile. Cela voulait-il dire que leur sacro-sainte pharmacie ne servait à rien ? Sûrement. Lorsque c’était le cas, ma bouche devenait sèche au point que j’avais même une réelle difficulté à articuler parfois quoi que ce soit et à parler. Qui aurait bien pu reconnaître celui que j’étais devenu après les quelques jours que je venais de passer dans ce trou à rats ? Hagard, privé de rasoir, la barbe me mangeait le visage ; les ongles longs, les traits tirés, amaigri, je venais de perdre huit kilos… Cette épreuve était tellement difficile à vivre que j’aurais tout donné pour être ailleurs. Je m’en voulais même de m’être raté, de n’avoir pas su ingurgiter les bonne doses, celles qui tranquillisent une fois pour toutes. Au point que le fait d’entendre taper, gratter, vociférer, tempêter et d’être confronté autour de moi à un monde particulier avait de quoi aviver mes regrets. Privé de lecture et de la possibilité de rester connecté au seul monde dont je me souvenais et à la vision de clichés plus conformes à ce que j’avais vécu jusqu’ici, mon mental se mit à flancher. C’est l’écriture qui empêcha le légume en devenir que j’étais, de perdre complètement pied. J’avais entrepris de prendre en note tout ce que je ressentais : mes impressions, les situations auxquelles j’étais régulièrement confronté, ce que je vivais quotidiennement, tout. Bref, je tenais un véritable journal à l’aide d’un stylo que j’avais dérobé à une soignante. J’étais cependant loin d’imaginer à ce moment-là que je venais de commencer à jeter les premières lignes d’un écrit et que ces points de repère me seraient un jour d’une quelconque utilité. J’imaginais encore moins qu’elles me donneraient l’envie permanente d’écrire et que j’en ferai un jour un métier, mon nouveau métier tout en trouvant auprès des autres la complicité dont j’avais le plus besoin, faute d’être parvenu à communiquer normalement avec mes proches. Sortir de cette incommunicabilité me semblait être tellement important que je brûlais de tout dire et d’auto-analyser ce que je ressentais. L’avalanche de médications de toutes sortes auxquelles on m’avait abonné sans même me demander mon avis ne facilita pas la collecte des quelques notes que j’avais rédigées les tout premiers jours dans le but de consigner ce que je vivais... Il avait donc suffi de quelques jours pour me transformer, moi aussi, en un drôle de coucou, vivant au-dessus d’un nid assez particulier. Et si je ne m’étais pas cramponné bec et ongles à mon nouveau projet salvateur d’écriture, si je n’avais pas cherché à me raccrocher à quelque chose de tangible à ce moment-là, je me demande ce qu’il serait advenu de moi ! ».

    VOYAGE AU PAYS DE LA DERAISON, Louis PETRIAC, ISBN n° 978-2-95241-17-07

    « Lyon 1941... Louis Liébard et les Compagnons de FranceVoici un an sortait "la chienne", l'ouvrage anti-propagande nazie »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :