• Qu'est-ce qu'il nous manque notre Henri Salvador !

    Marc Herrand, le jour de ses noces avec... Henri Salvador comme animateur !

    Dans un ouvrage que nous avons publié à l'été 2014 (ci-contre), Marc HERRAND évoque l'amitié qui le liait à Henri SALVADOR, le non moins célèbre Zorro qui avait enchanté pas mal de récréations chez les têtes blondes des années soixante ! Mais, et nous le lui devons bien, revenons sur ce qu'a été le parcours de ce grand bonhomme d'Henri au rire communicatif... Marc revient d'ailleurs dans son ouvrage sur sa rencontre avec lui, évoquant ses pitreries et moments forts lorsqu'il était encore COMPAGNON DE LA CHANSON. Henri lui fera l'amitié d'assister à son mariage avec Yvette GIRAUD en 1957. Une cérémonie où il s'était distingué comme à l'habitude !

    Sacré Henri ! Pourtant, qu'est-ce qu'il en a bavé avant de pouvoir, enfin, voir venir. Il faut dire que dans l’après-guerre, on s’essayait à tout. Le Be-Bop, bien entendu, les chansons à texte qui dérivaient vite sur la paillardise avec, par exemple, LES QUATRE BARBUS devenus célèbres pour avoir interprété La pince à linge, l’un des textes les plus hilarants jamais écrits sur le thème de la 5ème de BEETHOVEN et dû au génial Francis BLANCHE qui nous habituera à d'autres fantaisies. Mais pour réussir, encore fallait-il faire autre chose ! Henri SALVADOR signera donc la musique de Rock Hoquet... sous le pseudonyme finaud d’Henry CORDING. La consécration ne venant qu'après le grand prix de l’Académie Charles Cros pour Parce que ça me donne du courage et Le portrait de tante Caroline qu’il décrochera en 1949, mais qui ne lui procurera pas les ventes espérées. Le Blouse du dentiste, une parodie lancinante de blues rondement menée, créée en 1958 en super 45 tours se vendra difficilement. Il est difficile de le croire quand on réécoute aujourd'hui ce bijou ! A l’aube des années 60, SALVADOR n'était pas assez bellâtre pour jouer les tombeurs, pas assez jazzman pour faire carrière dans le jazz, et pas encore assez amuseur pour vivre de ses disques et de ses grimaces. Un album en 1955 avec une belle photo Harcourt de lui reprenait ses succès de 1952, dont Clopin-clopant, C’est le be-bop, et la Biche et le Chevalier (Une chanson douce), mais aussi Maladie d’amour, un clin d’œil exotique et amusé à la négritude. Dans ses tout premiers titres figure Le Collaborationniste, où il s’en prend à Sacha GUITRY, dont il moque la diction ampoulée.  

    Au seuil des années 60, au lieu de tout brader et vivre une vie de vedette de la chanson (belles voitures, jolies filles, etc.), il investit dans son propre avenir en claquant la porte avec fracas de sa maison de disques. Il accusait Eddie BARCLAY de ne pas s’occuper assez de lui. Il fondera alors sa propre société d’édition : Les disques Salvador, distribués par Philips. Rompant la chaîne du profit qui prévaut à l’époque, SALVADOR va vite être mis à l’index de la profession. Devenu un paria, il devra même un peu plus tard construire son propre studio, car on ne quitte pas comme ça une maison de disques comme celle de BARCLAY ! En 1962, premier rêve à voir le jour : Bernard DIMAY lui écrit Syracuse, qui le propulse crooner, mais celui qui tirera finalement les marrons du feu est un vieux rival du monde du Jazz à la française : Jean SABLON. Agé de 56 ans, il représente davantage, aux yeux du public de l’époque, le chanteur attirant les femmes. Avant d'être imité un peu plus tard par Yves MONTAND. Henri SALVADOR qui sort juste à l'époque son Lion est mort ce soir, une adaptation d’un titre zoulou, va néanmoins enfin devenir célèbre avec elle. Personne n’avait pensé que ce titre de Solomon LINDA et des EVENING BIRDS de 1939 pourrait ainsi ressurgir. Comme un lion dans la savane ! Sacré Henri va ! Toute la France chantonnera "Wimoweh,""Wimoweh". Aux Etats-Unis, Pete SEEGER, apôtre de la paix et chanteur engagé, puis Myriam MAKEBA le feront connaître à leur tour.

    Pourtant en 1963, nouvelles bisbilles avec Philips, qui vont faire que SALVADOR est un artiste mort. Pourtant, Henri y croit encore puisqu'il fonde une nouvelle société. Elle produira le fameux Zorro est arrivé, une adaptation française de titre américain des COASTERS, signé LIEBER et STOLLER ! Comme environ 80 % de tout ce qui sort en "yéyé" cette année là. Ceux qui y étaient s'en souviennent : SALVADOR, ronchon, avait enregistré le titre à la va-vite et il n’était pas content du résultat... Pourtant, c’est ce titre qui le propulsera au firmament des ventes. Alors qu'il souhaitait faire de la chanson à texte et des ballades, il se retrouve paradoxalement propulsé vedette du show-biz dans la catégorie clown. De rage et par dépit, il fera supprimer la référence au titre dans les rééditions du 45 tours Devenu phénomène télévisuel avec ses pitreries, il restera scotché dans les téléviseurs pendant un bon bout de temps, en ayant l’intelligence de produire lui-même ses émissions (Salves d’or). Peut-être pour se consoler de n'avoir pu émerger avec ce qu'il aimait réellement. Devenu un amuseur, SALVADOR est aussi un homme prévoyant. Il va le prouver avec un label "Rigolo" qui engrangeait directement les revenus de ses passages télés. Si les disques étaient éreintés par la critique, il s’en fichait. Il avait déjà choisi une voie, celle que d'autres suivront comme BALAVOINE, après avoir connu des déboires avec sa banque. Eh oui, déjà ! Ne lui avait-elle pas refusé un prêt de 60 millions de l’époque pour l’achat d’un Synclavier, alors qu’il en ramenait déjà le quadruple par album vendu... SALVADOR raflera un deuxième prix de l’Académie Charles Cros en 1971 pour un album inhabituel et savoureux : la musique du dessin animé Les Aristochats, empreint de jazz... concocté presque seul... A 54 balais, notre bonhomme découvrait les joies du re-recording. Introduit à la télé, il y rencontrera un autre fêlé, Jean-Christophe AVERTY, qui avait tant scandalisé avec ses Raisins verts afin de produire un bel hommage à... Boris VIAN. Les Maritie et Gilbert CARPENTIER partis, Guy LUX fâché avec tout le monde, SALVADOR disparaîtra donc des écrans, fortune faite. Jouant à la pétanque en faux dilettante bûcheur pointant comme il mixe. Des centaines de fois, il attendra avant d’attraper le bon coup de main. Comme il n’y a pas de disque d’or en pétanque, il finira plusieurs fois champion de ligue d’Île-de-France. Cela lui vaudra d'être enterré une deuxième fois par le show-biz, parce qu'on estimait que SALVADOR était un ringard jouant aux boules ! 

    En novembre 1982, le faux dilettante passera une nouvelle fois à l’attaque et pointera... soixante concerts d’affilée à Pantin, où le public découvrira un SALVADOR quasi inconnu qui ne faisait plus de scène depuis vingt-deux ans. Mais les disques issus des concerts ne se vendant pas, chacun estimait à la fin des années 80 que SALVADOR était définitivement mort pour la chanson. Il lui faudra attendre douze ans avant de remettre ça avec un album qui mettra tout le monde d’accord, s'inspirant de Claude NOUGARO avec son époustouflant Nougayork qui avait relancé sa carrière en 1987. Lui aussi il avait été viré de sa maison de disques, et la même que celle d'Henry savoir Barclay ! Magique ! A 77 ans, SALVADOR pouvait tout se permettre et il le fera, s’attaquant même à Layla, d’Eric CLAPTON en bûchant en cachette pour que personne ne le sache ! Hélas, l’album encensé par la critique ne se vendra pas. Mais un vieux lion n’est jamais mort : même quand il ferme un œil. Ne dit-on pas que c’est pour mieux (re)bondir plus loin. Chez SALVADOR, ça prendra six ans. En 2000, il assommera définitivement ses adversaires avec SON chef-d’œuvre : Chambre avec vue concocté et ciselé par Marc DOMENICO, en cheville avec un hyper-doué encore trop méconnu de la chanson française : ART MENGO. La maquette originale signée Keren Ann ZEIDEL et Benjamin BIOLAY comprend une chanson écrite par SALVADOR quarante ans auparavant qui n’avait jamais trouvé jusqu’ici de producteur : La muraille de Chine. Avec 1,5 million d’exemplaires, SALVADOR finira par gagner son long combat contre le show-biz en prouvant l’immensité de son talent et sa justesse de vue qui l'avait incité à devenir très tôt un indépendant. Interviewé par un journal, il avouera que c'est le disque dont il rêvait. Il aura mis 83 ans pour réaliser un rêve, et on ne pourra pas dire que notre (grand) bonhomme n’était pas têtu et que le show-biz l’a vraiment aidé durant son existence. On lui demandera alors : "Comment voyez-vous votre mort ?" Auquel notre enchanteur répondra par un "Mais je ne me vois pas mourir !"

    Le problème, c’est que nous non plus, Henri, on ne le voyait pas mourir. Parce que certains artistes sont éternels !

    MARC HERRAND, un inoubliable grand Monsieur de la Chanson française, Louis PETRIAC, ISBN n° 978-2-918296-29-4

     

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