• Topinambours et rutabagas et, pour les occupants... le Maxim's et Pigalle !

    Topinambours et rutabagas et, pour les occupants... le Maxim's et Pigalle !Jean RODON (en photo ci-contre) dont l'ouvrage sort en ce moment se souvient très bien de ce terrible été 1940 qui s'annonçait et d'un Paris déjà pris d'assaut par les troupes allemandes avec des habitudes nouvelles passant par le rationnement d'une population qui n'avait pas su défendre ses frontières. Mais, que l'on ne s'y trompe pas, cette cohabitation avec l'ennemi n'avait rien de comparable avec ces images véhiculées par une propagande nazie habile (extrait vidéo ci-dessous). 

    EXTRAITS  : Les tickets et cartes de rationnement de plus en plus restrictives au plan de l'alimentation faisaient la part belle à tous ceux qui pratiquaient le marché noir et qui en tiraient d’énormes profits, les incessants passages dans le couloir de l’atelier où je travaillais rue du Temple en étaient la preuve.

    Manipulant des pièces très lourdes dans mon travail, mon patron obtint des tickets de rations supplémentaires attribués aux jeunes gens appartenant à la catégorie des J3, puisque j’avais moins de vingt ans. Ils me donnaient droit à un supplément de pain et de lait écrémé par jour, certes totalement insuffisants et dérisoires, surtout compte tenu des besoins nutritifs des plus jeunes. Tous nos produits alimentaires accaparés par l’occupant nous laissant à peine de quoi survivre, ma mère dut faire des prodiges pour cuisiner topinambours et rutabagas qui, majoritairement, se retrouvaient dans nos assiettes et dans ma gamelle. Des produits de substitution vendus sans tickets ou cartes de rationnement s’introduisirent dans le panier des ménagères. Lorsque nous mangions une salade assaisonnée avec une fausse huile, une sorte de crissement désagréable se produisait dans notre bouche, et les fromages de substitution souvent constitués d’une pâte translucide, laissaient passer la lumière. Quant aux différents cafés de remplacement, il était impossible de chercher à en retrouver la moindre trace dans leur goût, même en y saupoudrant de la saccharine. Nous étions au sommet de l’horreur et j’avais continuellement faim, au point que cela devenait obsessionnel.

    Pendant l’hiver succédant à cette triste année 1940, il arrivait que nous rencontrions quelquefois dans la rue un marchand de marrons chauds dont les prix étaient excessifs. Au cours de mes déplacements dans Paris, j’avais cependant remarqué des petits marchands ambulants qui vendaient des galettes sans tickets, soi-disant fabriquées avec un mélange de différentes farines, de blé, d’orge de sarrasin et de luzerne. Intrigué, mais pas étonné, toujours avec ma faim en bandoulière et ayant en poche un peu de monnaie, la tentation l’emporta. Le petit sac rangé précieusement dans ma poche, j’attendis d’être rentré à atelier pour jouir d’un instant rare. À la première bouchée pas encore avalée à cause d’un goût très particulier, le morceau resté dans ma main laissa soudain entrevoir des petits vers blancs apparus en nombre important. Après avoir craché et m'être rincé la bouche, et avoir cassé les autres, je ne pus que constater avec colère et beaucoup de tristesse qu’ils étaient tous remplis des mêmes petites bêtes solidifiées par la cuisson et je dus me résigner à jeter toutes ces galettes, me jurant de ne plus jamais me laisser prendre par de cruelles tentations.

    JOURNAL D'UN ADOLESCENT FACE A LA GUERRE, Jean RODON, ISBN 978-2-918296-46-1

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